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le sombre chevalier

On devrait dire le chevalier sombre, the dark knight. Il est le gardien silencieux. Il part au sacrifice dans l'ombre parce qu'il est trop tôt pour qu'il devienne le héros. Il paie les erreurs de quelqu'un d'autre pour ne pas ternir l'image de marque de cette personne qui devient le héros. Parce qu'il faut un héros au peuple qui a besoin d'un sens fédérateur. Et un héros, c'est une histoire qu'on construit. Je ne comprends pas tout mais je sens que c'est intéressant. Qu'il y a une problématique profonde. Batman fait le travail de la justice qu'elle ne peut pas faire. Là il y a dire et cela serait long. Les institutions ont des missions qu'elles ne remplissent pas. Elle servent juste d'institutions, en tant que telles elles sont nécessaires. Batman a besoin de se décaler par rapport à la loi pour agir. La loi seule ne suffit pas, le justicier hors-loi ne suffit pas. Il faut une subtile alliance entre les deux. 

Si on a besoin de séparer la société en deux (le bien et le mal), il faut payer du sang... Le sang du mal. Le mal qui endommage ceux qu'il faut réparer.

Comment devient-on celui qui répare ? Bruce Wayne est richissime, beau, intelligent, courageux. Il sacrifie sa part amoureuse et sensuelle pour se consacrer à sa cause. Il ne pourrait pas faire les deux. Il est entier. Pourquoi faut-il être spécial pour faire justice et protéger ? La société tient grâce à un marginal. Aussi on voit comme l'envie de justice et de lumière dérange parce qu'elle modifie l'édifice, qu'elle change les repères et la donne. C'est un combat incessant. 

Batman est un peu un freak control, il maîtrise grave. C'est d'ailleurs assez excitant. J'avoue que je me suis identifiée quand je le vois voler en noir et foutre des pains aux enculés de dealers. Ce pouvoir est grisant et quand c'est au nom de la justice cela multiplie les effets. Flippant !! Batman maîtrise même sa libido, il renonce même à l'amour. C'est vrai que ce sont des domaines plus difficiles à contrôler. Il ne pourra pas sauver la femme de ses rêves parce qu'en effet je crois qu'une femme a besoin d'autre chose qu'un homme recouvert d'une coquille en métal gris foncé ! Elle le dit d'ailleurs. 

Dans ce contexte, la décontraction du Joker apparaît parfois comme une bulle d'air, une bombe d'énergie, un pavé dans la mare d'une civilisation en pleine décadence : il est un héros nietzschéen qui fout un coup de pied dans ces Etats-Unis qui vont mourir de la passion de la maîtrise et de la domination. Il a le rire libérateur... là où on n'ose plus respirer. Il dérègle, il affole parce qu'il n'a pas de logique (moi je trouve qu'il en a une en fait), il n'a pas de nom, il n'a pas de visage. On sort donc des repères de notre civilisation. Pourtant il y en a d'autres où être humain passe par autre chose qu'avoir un passeport, un attaché-casé, un conjoint et des enfants. On pourrait dire que Batman ne vit que grâce au Joker (réflexion un peu facile, je l'accorde) et le plus intrigant, c'est que tout indique que cette dialectique entre Joker et Batman est le moteur du film. Et le comédien (extraordinaire) est mort. Evidemment un autre acteur pourra le remplacer. Mais il y a quelque chose de cassé. On ne voit pas le Joker mourir dans le film. En vérité il s'est envolé, il s'est décalé dans un autre espace-temps. Etrange... 

Je suis sûre qu'il y a beaucoup à dire (même si je trouve que le film a des défauts). Je n'arrive pas à décoder plus loin, en tout cas à l'exprimer ce matin.

Le film m'a aussi renvoyé à des choses qui me font gamberger en ce moment. Je suis toujours touchée de voir des scénaristes et réalisateurs se pencher sur des sujets (certes archétypiques donc riches, passionnants et toujours à questionner...) qui me tracassent quand je vois la majorité des gens autour de moi s'en foutre totalement ! C'est ce truc étrange chez l'être humain qui me questionne chaque jour. Ce film est un record du box-office, cela veut quand même dire qu'il parle d'un sujet qui concerne les gens, mais dans la vie quotidienne ils s'en foutent. Batman incarne le gardien silencieux, personnage qui revient dans les mythes, les contes, les vieilles histoires. Ce film parle de politique, de la vie de la cité avec tous ces personnages indispensables : on n'est pas seul, on vit dans une société avec des valeurs, un sens. On a besoin de gardiens, de lois, de hors-la-loi, de Joker (presque !), de maire, de proc, de flics... et tout le bastringue. Mais c'est où cette conscience et cette responsabilité dans la vie de tous les jours quand on rencontre l'indifférence ? Je sais vous pouvez me dire que c'est un film américain donc de propagande (oui c'est vrai que c'est un film qui traite des valeurs de sa propre société, c'est le minimum qu'une civilisation puisse faire : s'analyser.) et que c'est de la violence, c'est pas la vraie vie nia nia nini. Sauf que la violence dans la vraie vie est pire. C'est pire de la vivre en vraie que de voir un Joker sur un écran. Et aussi dans le film ce qui est rassurant et même constructif c'est qu'il y a une mise en place sociale qui identifie la souffrance, qui la reconnaît et la refuse (c'est vrai c'est un peu noir et blanc) et la combat. Ce qui n'existe pas souvent dans notre vie quotidienne : je reviens à ce mot d'indifférence.

Qu'est-ce qui glisse et manque dans notre société pour qu'elle n'incarne pas ses valeurs ? Où est Batman ? C'est-à-dire quand les institutions ne fonctionnent pas : la justice, la police, la famille, on sauve sa peau comment. Quand elles sont complices de la violence subie... Qui donc est le gardien ? Sachant que si un gardien se pointe, on le tue. C'est donc une société qui a une vice de forme (on dit comme ça ?). Elle s'est construite sur une contradiction ? 

Ensuite je ne comprends pas pourquoi on incrimine la société puisque nous sommes acteurs dans cette société. Il tient à chacun d'entre nous d'être solidaires, attentifs et bienveillants. On peut être un petit Batman (avec de la libido, gloups) et un mini Joker ! On peut être vivants plutôt que de nous laisser anesthésier par le mouvement extérieur. 

Comment peut-on regarder une violence être commise sans la voir, réagir ? Ce n'est pas la violence d'une ou plusieurs qui est grave, c'est que le système entier tolère cette violence et en devient la complice. Et que chacun d'entre nous est complice quand il n'agit pas. 

Je reviendrai sur l'indifférence... autrement. Batman me touche parce qu'il sauve, qu'il voit et sait la douleur de l'autre. C'est juste ça. Pourquoi les gens vont-ils par millions au cinéma pour se nourrir de ça (faut dire qu'ils sont des milliards à aller à l'église, des milliards à faire le ramadan en s'insultant en même temps dans la rue) alors qu'ils sont des zombis de la vie ? N'y-a-t-il donc rien pour les réveiller ?  Qu'est-ce qui manque ? Qu'est-ce qui glisse ? Est-ce ça qui réveille le Joker ? Parce que lui est réveillé... A-t-il pété un plomb devant tant de mollesse et de niannianterie fausse (le peuple n'a pas de valeur, il veut juste sauver sa peau  à soi, sa famille, mais jamais celle des autres, d'où l'idée géniale des bateaux à la fin... C'est absolument extraordinaire) tellement c'est insupportable ? 

Ouhaouh...  
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D
coucou marie ! <br /> on vient de rentrer de vacances et on a tout de suite foncé voir The Dark Knight. <br /> je trouve que tu exprimes bien toute l'ambivalence du héros qui est peut-être le thème central du film. Moi aussi, j'ai beaucoup aimé l'idée des ferrys. Les ferry boat nous emmènent en voyage intérieur : il y a ce sentiment contraire dans la scène, on a l'impression que les bateaux avancent, qu'ils sont dans une dynamique, un mouvement (la fuite vers la vie) et en même temps ces deux pachydermes semblent comme enracinés, lestés, non pas par le poids de ces passagers, mais par la responsabilité de la décision à prendre.(il y aurait beaucoup à réfléchir sur ce que ça nous dit de la liberté et de la démocratie). Ces deux bateaux contiennent à eux seuls tout le conflit du film autour du bien et du mal et ce qu'il y a entre les deux. Malheureusement, j'ai trouvé qu'il manquait d'autre scènes de ce type où la tension de nos conflits humains se faisaient ressentir. Dans la scène des ferrys, le joker et Batman sont suspendus au balcon du Théâtre humain. La comédie et la tragédie sont à nouveau réunis pour refléter nos peurs et nos désirs : conflit essentiel de notre espèce. Batman malheureusement me touche moins que le Joker. je suis d'accord avec toi, le Joker a une règle et il est le seul finalement a ne pas connaître de conflit, c'est ce qui le rend à la fois libre mais infiniment seul. Il est complètement psychopathe, mais finalement, je me suis sentie plus proche de lui que de Batman dont les choix difficiles devant les conflits moraux m'ont laissé tristement indifférente. C'est probablement plus facile de traiter le monstre/ humain que l'humain/ monstre. J'attends donc que le prochain film nous montre un Batman aussi réussi que le Joker. Bonne chance au réalisateur !
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