J'ai envie de vous dire d'aller voir Tout est parfait (mais en français ça s'appelle Everything is fine : c'est grave la distribution en France) de Yves Christian Fournier. Car il joue dans une salle à Paris et qu'il a quelques intérêts. Il met en scène cette peur du domino dont je parlais dans mon précédent bulletin. Ils sont cinq amis et quatre se suicident. Le film raconte l'histoire de celui qui reste. Ira-t-il ou non à la mort volontaire ? Comment fait-on pour arrêter le processus, la contamination de la dépression, cet étouffement qui vient en premier lieu des adultes ? Ce qui peut permettre de poser cette question provocante : pourquoi les gens déprimés font-ils des enfants pour leur inoculer la détresse dans le sein ? Qui peut réaliser le poids que nous avons parfois à la naissance ? Qui fait qu'on doit juste combler ce manque des adultes. Est-ce cela l'éternel retour, la tragédie grecque qui fait qu'on y va même si on sait que cela va être dur ? On y va sachant que l'oracle a dit vrai.
Le parcours de ce jeune homme entouré de dépressions touche ceux qui ne détournent pas le regard face à la tragédie humaine. D'ailleurs lui-même fait ce travail de deuil qui lui permet d'aller au-delà de la première expérience. Et c'est là qu'il y a histoire. Et il n'y a pas trente six mille solutions.
Demain je vous parlerai de la police qui a été si mignonne avec moi hier quand je suis arrivée pour demander protection. J'ai passé une heure et demie avec deux flics qui m'ont écoutée (j'avoue que c'est rare puisque ce qui me préoccupe je n'en parle plus après avoir été surprise par l'indifférence et le mépris de mes pairs. Pour être honnête j'en parle à deux amies et une m'a aidée. Je ne comprends rien) et c'était assez comique, dramatique, tragique et assez dingue !!!!
Ca tombait bien avec ma lecture du week-end Déprivation et Délinquance de Winnicott ! Et je peux dire qu'il a raison sur plein de points pour être confrontée à cette délinquance depuis quelques années maintenant. Il dit que pour que le travail de deuil puisse se faire, il faut que l'environnement soutienne l'individu en deuil et qu'il accepte la tristesse de celui-ci. On revient à Tout est parfait. Je constate que mon deuil va être difficile à cause du déficit de soutien, mais je suis adulte donc ça va être possible même si c'est plus long et plus difficile qu'avec du soutien et Winnicott explique très bien les raisons. Je ne suis donc pas folle. C'est que c'est juste techniquement dur, Winnicott en conviendrait. Je comprends aussi grâce à Winnicott que c'est aussi juste un peu dur (!) de lutter seule contre un délinquant. Je ne vois pas comment seule je pourrais y parvenir quand une société entière a du mal et n'y comprend rien. J'en ai parlé avec les flics : on fait comment avec un individu pareil ? Même eux ils sont démunis. Je pense qu'on peut faire quelque chose et je suis assez d'accord Winnicott, mais nul ne peut être seule à ce point face à un tel dérèglement de la personnalité. Je me demande qui je serai après cette expérience, la destruction de l'autre sur moi, car c'est sûr je ne serai plus jamais la même avec ce que j'apprends. Car les flics me disaient qu'il fallait cogner maintenant. Faut vraiment être une salope pour s'en sortir dans ce monde ? A suivre... et allez voir le film.