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Je suis écrivain

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El Che

 Je suis étonnée par le fait que si peu de personnes dans mon entourage aient envie de voir El Che et ce pour plusieurs raisons : 1) Le Che, c'est pas mal comme sujet, 2) c'est un film de Soderbergh, euh quand même ! et 3) il y a ce putain d'acteur : Benicio del Toro. Les trois - El Che, Soderbergh et Del Toro, nous ont déjà séparément donné beaucoup : beaucoup de réflexions, beaucoup de frissons, beaucoup d'émotions, beaucoup d'intelligence et d'amour. Donc les trois associés, c'est à voir ! Y'a même pas à discuter. Je me dis que les gens qui avaient au moins appréciés un de ces personnages iraient, ne seraient-ce que par curiosité, voir les films... Et bah non ! A de rares exceptions. Tout cela parce que quelques critiques ont gerbé. Entre les trois personnages assemblés dans cette aventure filmique et des critiques qui ne m'ont jamais rien apporté, mon choix est simple. Dommage que l'alliance de Soderbergh, Che et Del Toro ne soit pas plus forte que l'opinion de quelques journalistes. Ca me fait flipper sur l'indépendance des esprits.

Bien sûr, je me suis précipitée et j'ai pas mal réfléchi à ce que Soderbergh a voulu faire et à ce qu'il a fait : choix artistiques assez radicaux. Ce qu'il nous enlève quelque part, c'est notre projection habituelle du Che. C'est ça qui a peut-être énervé les critiques. Eh bah oui, le Che n'appartient à personne ! Ce Che-là est différent, il est je ne sais pas comment dire. Il n'y a pas de lyrisme, ce n'est pas un film hollywoodien, ça parle de quelqu'un, d'un humain, normal, puisque ce quelqu'un est un humaniste. Soderbergh fait un truc très étrange : on est avec un gars nommé el Che. Et parfois je me suis dit : "Bon alors tu fais un peu le Che ? Tu sais comme quand,petite, j'avais ton poster dans ma chambre." Et bah non, il ne le fait pas. Donc au début, c'est frustrant, un peu comme quand on découvre que le prince charmant n'existe pas. Et étrangement, après le passage de la frustration, arrive autre chose, issu de l'inconnu. Du Che émane une douceur alliée à une fermeté : il dégage quelque chose de ce bonhomme. Il finit par exister réellement dans une sorte de proximité et d'intimité étranges. Et j'ai reconnu un sentiment que j'avais déjà ressenti parfois dans mon quotidien étant dans l'incapacité de lui donner de nom. Un calme, une douceur, une force. 

En m'endormant, j'avais le visage de Del Toro en tête, envahie par une profonde tristesse (le deuxième film n'est pas très gai). J'entendais les petites voix, notamment le discours de mes parents : "Oui, bon, bah le Che, cet idéaliste passionné, on ne peut pas changer le monde, il se prend pour qui ? Le romantisme, la naïveté, ça fait un peu vieillot, puis le Che, il a tué des gens à Cuba, il a entraîné des gens dans la mort et Cuba, c'est l'enfer depuis leur révolution." Alors j'ai cherché : c'est quoi le truc ? Le truc qui fait... que... On pourrait dire la beauté de ce Che-là. Et j'ai compris ce qui me plaisait : c'est la cohérence. Ouhaouh, la cohérence ! Je n'ose pas employer le mot intégrité un peu trop galvaudé, mais il y aurait de ça. Il n'y a pas de masque. On pénètre dans un monde d'authenticité (ça ne veut pas dire bon, c'est même rude et dur l'authenticité : ça ne te lâche pas !). Après avoir expérimenté ma petite vie depuis ma naissance et lu quelques livres de psymachin, j'ai compris que j'avais beaucoup de mal avec la non-fiabilité, la lâcheté, l'incohérence, les changements brusques, d'humeur, de décisions, les promesses non tenues, les mensonges des autres, bref toute cette violence au quotidien qui rend les humains fous, qui rend les enfants dingues quand il y a une discontinuité dans les soins qu'on leur prodigue. Les "y'a qu'à, faut qu'on", les "faîtes ce que je dis, pas ce que je fais". Ceux qui sont décentrés, désorientés, qui ont un tel écart entre leurs actes, leurs paroles et leurs pensées. Le Che est cohérent : il incarne ce qu'il dit (il ne dit pas grand-chose d'ailleurs), il est logique, il est ce qu'il fait, il fait ce qu'il dit, il dit ce qu'il pense, il pense ce qu'il dit. 

Ce film est comme une démonstration de Spinoza qui balaie du revers de la main le bien et le mal, pour nous démontrer les buts de la cohérence : je dois adapter ma vie en fonction de mon conatus (ma pulsion de vie pour simplifier). Personne ne peut savoir pour personne, puisque personne ne vit la vie de personne : chacun poursuit ma puissance d'agir à moi et pas celle d'un autre. Ce qui empêche ma puissance d'agir est mauvais et ce qui la favorise est bon. La névrose, c'est de faire le contraire de mon conatus (de lui mentir, de le trafiquer). Désolée, je suis obligée d'aller vite. Cette vision du Che, un humain dans sa cohérence à lui, par-delà le bien et le mal, montre la vraie morale et donc le vrai amour et rejoint Blaise Pascal : "La vraie morale se moque de la morale". J'ai mis très longtemps à mettre un sens sur cette phrase. Et bah voilà qui est fait. Elle a un sens immense !!

La cohérence du Che a peut-être fait son succès post-mortem. Elle est tellement rassurante, c'est pour moi ça cette douceur qui émane de lui pendant tout le film, c'est ça un héros. Cette cohérence ne veut pas dire parfait ou même bon au sens premier de la morale. La cohérence est sécurisante dans un monde où les valeurs sont inversées, où les repères sont manipulés pour mieux nous embrouillés. La cohérence, c'est ce que nous n'avons pas eu de nos parents, de nos amis, de nos amoureux qui, dans certains cas, trafiquent avec des fausses versions, des discours séducteurs qui n'ont rien derrière. La cohérence, c'est ce que nous n'avons pas eu des institutions, des autorités, des différents Dieux actuels. Dieu est mort parce qu'il est totalement incohérent.

J'ai vu des taulards porter des T-Shirts du Che, je comprends tellement pourquoi aujourd'hui : il incarnait toute la cohérence qu'ils n'avaient pas eu enfant et par la suite dans des institutions qui punissent dans l'incohérence. 

L'admirable chez le Che de Soderbergh, c'est cette incarnation d'une pensée et d'une parole. L'intelligence du réalisateur, c'est de ne pas avoir montré un personnage lyrique, emporté, beau dans l'esbroufe qui commettrait des actes bluffants qui nous envoûteraient comme des idoles actuelles qui se font élire comme humanistes en étant noir, blanc, contre l'avortement et pour la peine de mort. Hum ! Nous sommes très loin de ça. El Che reste juste même dans la folie de la guérilla en Bolivie : énorme paradoxe que d'aller au bout de son conatus. Le paradoxe de la cohérence ! Leur entreprise a quelque chose de très angoissant : ils vont à l'échec, ils foncent dans le mur tête baissée. Mais ce qui est fort, c'est pourquoi et comment ils le font. Après réflexions, je comprends mieux que ce qui enlève l'angoisse, c'est de mener des actes en accord avec son coeur et son esprit : cela enlève le conflit intérieur qui est si pénible à vivre dans le quotidien. Nous sommes tellement bouffés par ce conflit... qu'il mange tout, que nous lui donnons tout. (S'en libérer est l'entreprise géniale de l'
Ethique de Spinoza).

En écrivant tout ceci, je réalise que je me suis pris une méga claque en voyant ces deux films et en cherchant ce qu'ils me disaient. Cela me va peut-être à moi et pas à d'autres, ça n'a aucune importance et peut-être cela tombe à un moment de ma vie qui correspond à cette énorme prise de conscience. Je réalise combien cela m'apporte de voir quelqu'un qui dans chaque détail est en accord avec une simplicité époustouflante, a cette paix intérieure sans se forcer. Ce matin, j'allume la radio et j'entends Julien Benda citant Spinoza : "Le bonheur, ce n'est pas l'espoir, c'est la certitude". Elle s'applique exactement au Che de Soderbergh. Il incarne ce dont il est convaincu. Point barre. 

C'est un film moderne et mature. Très éloigné de l'éthique des critiques et journalistes actuels. L'intelligence et le courage d'avoir pris un tel parti de Soderbergh ne sont plus à démontrer, c'est pour cela que j'ai cherché ce qu'il disait (quel journaliste l'a fait ?) Comme le travail de Benicio Del Toro. Le Che est un homme d'un autre temps, dans un temps où la lâcheté, le détachement, l'absence de conscience politique et d'incarnation sont les références morales de notre société. Et ce que je dis n'est pas moral. Ouhaouh, je comprends pourquoi le corps de Del Toro est si présent, qu'il est filmé parfois sans dialogue, sans rien d'autre que sa présence forte, imposante, troublante. Il est beau de sa présence. Ca fait du bien de voir un homme, c'est si rare. On nous apprend à porter des masques, fermer nos coeurs, courber l'échine. Sauf qu'on peut faire autrement. Donc idéaliste le gars ? Bah non, puisqu'il était ce qu'il rêvait. Quand je vois Del Toro incarner le Che qui incarnait l'Homme, et non le surhomme, et non le Christ, et non le martyr, je ressens une sensation très délicate, très spéciale, profondément douce, qui a à voir avec cette inquiétante étrangeté frisant l'angoisse, très proche d'une liberté peut-être et d'un vertige, une sensation qui n'a pas de nom, qui n'est pas un mot, celle de l'abandon à la cohérence, à la confiance, à la sécurité, à la continuité qui nous manquent tellement. Je ressens que cette sensation c'est de l'amour. Quel étrange voyage ! Rien d'euphorique, rien d'excité, mais ce regard, ce silence, cette voix qui donne des ordres toujours logiques dans leur logique, une flèche qui atteint sa cible. Point barre. Pas de blabla, pas de prêchi-précha, pas de séduction, pas de méandres, pas d'effets cinématographiques, rien de tout ce trafic pour faire plaisir aux journalistes et aux bourgeois en manque de sensation. Soderbergh entre dans l'intime de l'humain comme très peu de réalisateurs savent le faire. Le Che, il a réussi un truc immense et sublime : le Che a été le Che. C'est sa propre victoire, sa vraie victoire. Car être soi est une des choses les plus difficiles qui soit. Tout simplement. 
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A
Avec ce que nous avons souffert au moment ou Régis était en prison(georges qui pleurait ,Nany malade )je ne peux pas aller voir ce film.Anne
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