Nietzsche a écrit :" La joie revient toujours"
"Never underestimate the power of denial" : ne sous-estimez jamais le pouvoir du déni, phrase d'Alan Ball dans American Beauty. Denys me dit cette phrase dans un dialogue (comme dit mon ami Bernhard : "je suis un homme de dialogue, et non de conversation") où nous parlons de la fiction. Denys, Delphes et moi disons que la fiction a le pouvoir de changer nos vies. Je me demandais cette semaine dernière comment vivre le décalage au milieu de personnes où je vois que nous allons dans le sens inverse ? Comment le vivre seul(e) ? Combien de gens vivent ainsi, isolés dans ce qu'ils sont avec des gens qui sont dans d'autres valeurs ? Des millions. Ces gens se taisent sinon ils seraient lapidés. J'ai toujours été punie parce que j'ouvrais ma gueule, que je ne supportais pas le déni. Je ne comprends pas à quoi ça sert. Mais je crois comprendre que les gens ne font pas exprès... que c'est un mécanisme compliqué. Ah...
Le film sur le Che m'a changée, il m'a fait quelque chose profondément, comme une révolution intérieure, comme pour approfondir une réflexion débutée il y a bien longtemps. Chris est venu à Paris et nous avons parlé. Ces instants de partage (si rares dans mon quotidien, mais que voulez-vous ?, j'en veux toujours plus !) étaient dans la suite de la révolution. Parce que nous partageons cet amour de l'échange, du partage, de la quête du plaisir, de la dégustation de désirs, de cette passion de l'analyse des choses du monde (avec de l'humain dedans). Il est un homme avec une grande curiosité, c'est rigolo comme ça change cette non-peur de changement qu'implique l'échange avec l'autre. Nadja m'avait dit qu'elle avait aimé cette absence de peur chez Chris. En parlant, c'est comme nous avions le droit de vivre notre vie d'adultes. Je réalisais en écoutant Chris qui me voyait timide que je ne vivais pas la vie où je pourrais m'épanouir en tant que moi, que j'étais recroquevillée à cause des blessures venant de diverses punitions parce que j'avais parlé, j'avais été moi, j'avais un chien, j'avais un sexe, j'avais... je ne sais quelle connerie encore ! Cela me fait sourire de me dire que cela existe dans la vie réelle. Alors que je sentais le regard de Chris sur moi quand je dormais, je savais que la révolution était en marche, que j'allais retrouver celle que j'étais, que j'aurais besoin et envie de ce regard, de ce soutien après avoir marché dans des couloirs hantés par des faux-semblants, des faux selfs, des corps sans personne dedans, des vampires, des avortons de vampires, des médiocres, des petits, des peines à jouir. J'ai compris avec Chris que j'en avais marre de la prise en charge de l'autre, de trop comprendre ce qui se passe, de la paresse intellectuelle, du déni, et que c'est déjà une autre vie même que d'en avoir marre. J'ai envie de lui dire que j'ai envie de me lever, de me tenir debout plutôt que d'aider l'autre à l'être au point de disparaître, de voler avec des aigles et d'aller à Barcelone avec Nadja et lui, puisqu'il y a un changement de point de vue sur la vie toute entière.
Le film de Soderbergh m'a nourrie, il y eut un changement de point de vue quand je regardais le Che être. C'est voir autrement, se tenir autrement, parler autrement, penser autrement. J'ai commencé La guérilla du Che de Régis Debray (certes c'est un peu vieux, 1974). Il y a là quelque chose qui m'émeut profondément. J'attends de le terminer pour mieux comprendre quoi. Ce qui émeut (entre autres) et détonne (je sais je l'ai déjà dit mais ça me tue), c'est quelqu'un qui tient sa parole et s'incarne ici et maintenant. Comme dirait Chris, être soi, c'est si sexy.
J'ai recommencé à écrire (cela me décale encore plus), j'écoute the Cure et je n'attends plus rien. Je sais que dans la jungle on meurt pour de vrai. Que tout le monde s'en fout ce qui nous permet de planter des fleurs dans le désert et d'éclater de rire.