Ce soir je reviens à Paris, je reviens à ma bulle de Barbès (la réserve), l'écriture que j'ai lâchée en venant à Marseille, à la réflexion, à la méditation, à ma personne qui ne comprend pas grand-chose, qui tente de comprendre, qui se triballe les esprits collants et négatifs (expression de Michèle). J'aimerais avoir la force de Shéhérazade qui conte chaque soir pendant mille et une nuits à son aimé pour reconstruire la confiance (parce que c'est ça la vraie histoire !) qu'il a perdue parce qu'il avait surpris sa femme avec un homme. J'aimerais rencontrer l'équivalent de Shéhérazade : celui qui retisse la confiance nuit après nuit. Parce que je suis dans la colère de l'homme de Shérazade. Comment se remet-on d'une perte ? Comment tenir debout quand il y a tant de malentendus ?
J'ai remarqué que je n'arriverai plus à dire les choses, il faudra que je m'achète "Pour ne plus vivre sur la planète Taire" de Jacques Salomé. J'ai tellement parlé depuis toujours et souvent à des personnes qui ne répondaient rien, qui ne mettaient rien sur la table, qui partaient avec le pactole. L'histoire du trauma a fait que je ne parle plus, je parle mais je ne dis pas. Je suis dans la réserve et les esprits collants me font la misère : ils m'entraînent loin du réel. C'est ça le plus grave. Je me rends compte que c'est à moi de défaire les noeuds du filet dans lequel je suis prise. C'est une histoire entre moi et moi. Parce qu'on se raconte des histoires toute la journée en boucles dans un imaginaire foisonnant. Je ne devrais pas me plaindre de ce qui arrive, car c'est moi qui raconte l'histoire dans ma tête. J'ai tant raconté de jolies histoires sans lien avec le réel... J'aimerais comprendre profondément que je ne suis pas responsable de tout, que je dois lâcher l'idée que je maîtrise toute. Il faut que je m'en remette à l'univers. Et tant pis pour les histoires manquées. J'ai des larmes pour elles. J'ai des sourires pour les éclats de lumière que je vois.
J'ai encore beaucoup donné de moi, puisque je me suis ouverte alors que je suis en mille morceaux. Il me faut gagner cette bienveillance pour moi. Seule moi sait le prix de ça (j'ai ce goût fade que l'autre s'en fout et je dois apprendre à m'en foutre que l'autre s'en fout).
A demain... dans la réserve, l'écriture se tisse.