Je suis écrivain
Comme je change, je vois des films que je regarde autrement, les livres que j’ai lu il y a bien longtemps autrement, c’est comme changer de place dans le monde. Le voile des illusions se dissout, on voit autre chose, on oublie les idées, les idéaux dans lesquels nous avons été formés.
Hier une personne (on va l’appeler MK) m’a dit : « On dirait que tu es vierge. » Et j’ai souri. J’ai dit que je l’étais quelque part. Que j’avais fait un grand nettoyage et que j’étais neuve. J’ai déjà écrit sur ça : que j’étais allée nouvelle aux Etats-Unis le sept août. Et ce n’était pas une idée que je m’étais mise dans le cerveau, j’y suis allée en ayant oublié un tas de choses.
Hier MK a dit que si MK mentait, MK obtiendrait ce que MK désirait. Qu’en étant bien hypocrite comme il faut, en disant des phrases toutes convenues, celles que tout le monde attendait, on obtenait ce qu’on voulait. Je me suis vue en MK parce que j’ai dit ça tant de fois et pourtant je n’ai pas joué l’hypocrisie pour berner l’autre. Je crée du nouveau en tentant d’être dans l’instant présent en accord avec moi. Je n’ai aucun discours pré-établi avec MK,je ne sais rien, je vis ce qui se vit quand nous marchons dans la rue. C'est pour ça que MK dit qu'on dirait que je suis vierge !
Et là-dessus, je me plonge dans La commune : série française produite par Canal + (2007). Je n’avais pas fait le lien, mais en fait j’ai suivi le travail d’Abdel Raouf Dafri qui m’a interpellée sans que je sache que c’était la même personne (scénariste de Un prophète et Mesrine).
Abdel Raouf Dafri montre une mécanique très intéressante que je commence à cerner (peu à peu). Après des détours de pensées et d’élaboration, j’en suis arrivé à « on fabrique de la délinquance pour que cette délinquance ne fasse pas la révolution, qu’elle ne remette pas en cause de le système, qu’elle permette au système de perdurer. tout est fait pour qu'ils ne soient pas des rebelles, car leur domaine d'hors-la-loi appartient au système. Ils deviennent les connards que la République veut qu’ils soient. Ca paraît cynique. Et ça l’est. Mais j’emploie de moins en moins ce genre de mots comme cynique, ces mots d’une certaine morale. Je reviens à mes origines, ma réflexion sur les barbares. Ceux-là dans La commune ne sont pas des barbares, ce sont de bons élèves de la République : ils s’entretuent, ils se nettoient eux-mêmes, ils nettoient le macadam des petits parasites. On ne saura pas si l'Homme est bon, car la société le forme à son image.
Dans Un prophète, j’aimais le fait que Malik soit un électron libre, un barbare, un roi. Parce qu’il est dans l’individualité. C'est intéressant de la part du scénariste de poser cette problématique de l’individu vis-à-vis du groupe, notamment par rapport aux groupes musulmans. Ce qu’on fait pour rester dans le groupe, à quel prix, à quel ramadan, à quelle obligation sexuelle !
Le groupe a quelque chose de mortifère et Abdel Raouf Dafri montre ça bien (Enfin !! je me sens en compagnie). Le groupe solidaire qui s’unit contre l’oppresseur, ça n’existe pas. On passe d’une autorité à l’autre : pas d’échappatoire et personne ne sort de la commune comme dans une prison. Mais c’est comme dans Un prophète, comme le taureau dans l’arène : ce n’est pas quelque chose de seulement géogaphique, c’est où va-t-on si on quitte toute autorité, si on est dans une vraie éthique (Spinoza est resté chez lui, a refusé le poste de professeur dans l’université la plus réputée de son temps, n’a pas publié l’Ethique de peur d’être assassiné) et pas dans la morale générale ? La vraie question est là. Ce n’est pas que une question de territoire , c’est la question d’Hannah Arendt : nous sommes dans un désert et nous voulons créer des oasis de liberté et de créations. Le désert avance, la commune devient le monde. Si aucune différence ne peut entrer dans la commune, comment du nouveau pourrait-il arriver ? Puisque tout est répétition. Dans l’enfermement (mental), tout est répétition. Et c’est ça qui finit par être violent dans La commune et dans notre monde : il n’y a plus de dialectique, il n’y a pas de différent pour faire dialogue, pour une respiration. Ce qui est mortel c’est l’un, l’unique, la société psychotique dont je parlais il y a quelques mois. Comme l’unique système capitaliste. Ce qui est mortel, c’est l’absence de notion d’altérité. De pouvoir concevoir que l’autre existe en tant que non-moi, en tant que distinct de moi.
La société a tout fait pour que le groupe soit aliénant, et non pas une communauté qui fonctionnerait avec le modèle de la coopération. C’est parfaitement démontré dans La commune. J’aime le fait que Abdel Raouf Dafri montre les causes à effets sans discours, comme montrer voir ce qui se passe tel quel, comme le voile des illusions qui se lève. Evidemment, il y a toujours un point de vue. Mais comme il pourrait dénoncer la morale, le voile des illusions, il tente de ne pas nous replonger dans une autre morale, mais d’être a-morale.
Il y a toujours cette grande question : le mal est-il là à la base ? L’homme est-il bon et dégradé par le fait de vivre en société ? Je ne vais pas une dissertation de philosophie. Avant la question morale, que voit-on ? Ce n’est ni bien, ni mal que Yazid devienne un truand, c’est comme ça que ça fonctionne. Comme dans Un Prophète et la prison. Sans amour, un enfant a beaucoup de chance de devenir un sadique, un pervers narcissique, un psychopathe. C’est clair, on le sait. Si un violeur n’est pas soigné, il resortira et violera à nouveau. Pourquoi on s’étonne ? On s’étonne de quoi ? C'est vraiment qu'ils n'ont pas conscience ? Ou qu'ils prennent du plaisir à la violence ?
La prison, c'est l’école polytechnique du crime et c'est fait exprès, c’est fait pour que ces racailles ne fassent pas la révolution (la commune) mais deviennent des parfaits bandits mais pendant qu'ils sont bandits, ils ne font pas la révolution : c'est donc parfait. Il y a encore des gens qui sont pour la prison et l'interdiction de la drogue. Je suis contre la prison telle qu'elle existe et pour la légalisation de la drogue.
Je reviendrai sur le mensonge car c’est mon cheval de bataille, c’est le cheval de bataille de tout un travail. Dans La commune, le maire pourri dit : « Personne n’en a rien à foutre de la vérité. » Pour survivre, on doit mentir.Je ne suis pas totalement d'accord. Même Yazid a un rapport intéressant au mensonge dans La commune, comment doit-on cacher pour survivre. Que doit-on dire pour survivre ? Il ne s’agit pas de tout dire, il s’agit de voir comment la manipulation opère. C’est quoi l’amour ? Un énorme concept fabriqué de toutes pièces pour diriger les foules ? L’enfer est pavé de bonnes intentions. Comment gérer sa pensée de derrière ?
Je reviendrai sur les postures à prendre pour ne pas devenir un Yazid. Parce qu’il n’y a pas de raison de se dire : "Comme c’est des pourris, je serai un pourri. Parce que ce sont des putes, je serai une pute. Puisque c’est la solution que les femmes (majoritairement) adoptent." Comment créer autre chose ?
Je reviendrai sur le mensonge de ceux qui ne peuvent pas faire autrement : je veux comprendre. Je veux voir.
J’aime le sens, j’aime la cohérence et c’est ça que Abdel Raouf Dafri me donne, et ça me donne une vraie énergie. J’ai tellement souffert du décalage entre le geste et la parole. J'ai soif de cette cohérence.
Je reviendrai sur la joie, le plaisir (la sexualité), la responsabilité. Et l’individuation, la traversée du désert ! car les non-dupes errent. C’est sûr que plus on est lucides, plus on est attérés et seuls car la majorité évolue dans des une purée de pois qui ne les dérangent pas : ils aiment ça, ils aiment être manipulés. Mais comme ils n'ont pas conscience il s’en foutent. Jésus (trop comique parfois) disent : « heureux les simples d’esprit »
Mais je reviendrai sur la joie. La joie de l'évidence, la joie de comprendre, la joie de la joie.