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Vivre, c'est agir - soeur Emmanuelle

Mesrine. Je ne sais pas. Que veut nous dire le réalisateur ? Y a-t-il un scénario ? Y a-t-il une histoire ? Qu'est-ce qu'on est en train de me raconter ? Je me dis que le défi est peut-être de nous tenir en haleine avec un sale type, un type qui n'a rien du type qui peut nous tenir en haleine. Il est moche, il est méchant, il est quand même assez con et c'est une brute. Et quelqu'un fait un film avec beaucoup d'argent. Que faire pour que ce ne soit pas le énième film sur un délinquant de base ? C'était le défi de Mesrine et il y a réussi : ne pas être juste un braqueur lambda. Il a commencé braqueur, petite frappe et le voilà devenu en quelques années l'ennemi public numéro 1. Je suis sûre qu'il y a de vrais héros braqueurs restés anonymes. Lui non, ce n'est pas un héros, c'est une star. Comment donc est-il devenu connu ? C'est ça l'histoire. J'ai entendu un peu ça et là que les gens avaient peur de ce film parce qu'il défendrait Mesrine. Je ne le crois pas, le film ne le défend pas. Il n'a pas de cause, il n'a pas de dimension politique. Ce n'est donc pas romantique. Et le film (ouf!) ne l'est pas. Bizarrement je suis ambivalente ; je n'ai pas envie de descendre le film (alors qu'il y aurait tant de bonnes raisons pour le faire). On a parfois tendance à penser que ce qui est fascinant chez ces mecs, c'est qu'ils sont libres. Ils agissent là où nous avons peur. Or Mesrine n'est pas libre, il est tellement obsédé à défier la loi qu'il en devient l'esclave. En ce sens il ne devient pas adulte. Ce que j'apprécie ici c'est que le film nous entraîne dans une spirale de l'action (cette soif de l'existence dont parle les bouddhistes qui habite Mesrine) qui rend crédible le personnage. On a peur, on colle à ce passage à l'acte qui caractérise Mesrine, cette action qui agit sans réflexion, sans morale (ou si peu). Ce n'est pas qu'on le comprend, puisque lui-même ne cherche pas à se comprendre, à donner sens. Il est juste brute dans tous les sens du terme. Et on sent la montée de l'adrénaline, on a peur de lui comme on aurait peur d'un tigre. Alors même que le personnage a peu de circonstances atténuantes, et si peu de justifications pour nous mettre de son côté dans ses passages à l'acte, le film réussit à nous capter dans l'évolution du personnage. On arrive presque à le comprendre sans qu'il nous émeuve. Il nous attrape. En gros le film nous dirait : "voilà comment la machine Mesrine fonctionne." On ne sait pas vraiment pourquoi (pas d'enfance atroce, ok un passage en Algérie mais bon, cela ne justifie pas tout), mais on regarde la bête évoluer. Evidemment on peut être déçu : ce n'est pas intellectuel, pas politique. Mais parce que Mesrine ne l'est pas. Ce n'est pas du Lumet, du Pollack, du Eastwood, du Ridley Scott. Si je suis honnête, je me disais (devant l'écran) : "Putain mais il est con, il est trop con, puis il fait mal, vraiment mal et il s'en bat les couilles en plus ! Deux tartes et au lit connard." Et il nous embarque comme si nous étions sous emprise. Comme il a dû embarquer des complices, des femmes, des médias. L'emprise de la violence. Il y a du fascinant là même si nous n'adhérons pas. Et le film réussit ça. A nous montrer l'animal, à capter le regard de l'animal, à cerner sa peur, son délire de toute-puissance, sa sensibilité mal gérée. Il nous le rend. La société revient sans cesse sur ce problème de la violence et de celui qui transgresse. Il est comme un thermomètre de la cité. il est celui qui déborde, qui agit là où nous nous arrêtons, qui impose sa loi aux autres, à sa femme, à ses gosses, à son amoureuse. Il ne supporte pas le non. Mais il reste prisonnier de ce non. Il va le chercher, il ne vit qu'avec lui. Parce que par rapport à lui. 

Reste Vincent Cassel. J'avais un peu peur de lui (surtout depuis sa prestation assez ridicule des Promesses de l'ombre de Cronenberg). J'apprécie quand même que nous ayons en France un gars comme lui : un corps (enfin), une gestuelle, une gueule. Je m'étais dit que le film avait une chance s'il était bien car sinon bonjour l'angoisse ! Et ça le fait. C'est lui qui nous emmène, il est là, il crève l'écran, on sent presque son odeur d'animal, d'adrénaline, de furie avec un regard assez incroyable, un corps qui bouge bien. Sauf que (je souris) du coup, il écrase sans doute Mesrine lui-même !! On est ravi d'avoir à faire à Vincent Cassel et non au vrai Mesrine ! Parce qu'il est tellement plus sexy, parce qu'il joue, parce qu'il nous entraîne pour jouer à Mesrine. Et qu'on le suit. 

Maintenant si j'étais réalisatrice ou productrice, je lui offrirai un scénario (un vrai) avec un vrai rôle de héros, un mec gentil, un mec intelligent, un mec avec un coeur, un mec comme dans Gladiateur ou History of a violence. 
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