C'est quand même étrange qu'en France on soit si binaires, si amoureux des médias officielles qu'on sait à chier, si peu capables de décrypter soi-même un discours, une posture, le message d'autrui. J'ai regardé des sketchs de Dieudonné sur Internet suite à une conversation avec mon amie Keltoum.
J'ai vu le décalage entre ce qu'on dit de Dieudonné dans les médias et sa parole elle-même. Les gens parlent de quelque chose sans connaître le quelque chose et ils se confortent à être manipulés. Je ne vais pas vous parler du propos de Dieudonné, allez voir vous-mêmes.
Il ne fait que regarder derrière le voile des illusions : "Le roi est nu" et on ne lui pardonne pas de dire ce que tout le monde sait. J'ai pu voir combien je suis encore saisie par ma naïveté et ma sentimentalité extrêmes (qui commencent toutes deux à me faire rire !). Car là est le point aveugle : je ne comprendrai jamais (je veux bien encore essaie) pourquoi il faut se taire. Dieudonné non plus. Les dupes, les autres : être dupes, ça leur sert à quoi ? Est-ce qu'ils ne peuvent réellement pas réfléchir, élaborer, aller un peu plus loin que le discours biaisé des journalistes qui n'en sont pas ? Ca leur coûte quoi d'aller voir le discours de Dieudonné pour se faire une opinion eux-mêmes ? Peut-être n'ont-ils pas la capacité ou les outils de se forger une opinion... Puisque tout est fait pour que les gens n'apprennent pas ces outils. On empêche les gens de développer leur esprit critique et les gens, ça leur va. Pourtant y'a les outils, mais non, ils ne les prennent pas. Moi j'ai eu une mère qui m'a toujours condamnée parce que j'ai pris les outils (qui étaient chez elle en plus ! C'est là où ça devient complexe et tordu grave) : je réfléchissais et j'écrivais. Quelle horreur ! Et en plus j'étais jolie et j'aimais les garçons. Quelle horreur ! Mon père, lui, m'a dit : "Ton frère on lui a payé ses études parce que ton frère lui faisait des études sérieuses." Bah ouais moi je faisais de la philosophie. Mon grand-père a condamné la philosophie dans son ensemble (!), mon père a appliqué cette condamnation. Subtilement. Ah c'est subtil ! Comme un ami de l'âge de mes parents me dit: "Toi t'es un peu comme moi, comme tu parles, tu parles, on ne t'écoute plus. Comme tu dis la souffrance, on pense que tu baratines."
Et l'autre jour, un garçon me dit concernant un article du blog (dans lequel il était concerné : "J'étais censé...") qu'il trouve mon autocensure con. Sait-il ce que c'est de se faire atomiser son enfance, son adolescence et après par sa famille parce qu'on a un avis et des positions sur les choses ? Pas pour cet avis, mais à cause du fait d'avoir un avis ? Sait-il ce que c'est d'entendre sa mère dire : "T'es pauvre parce que tu l'as voulu. Tu as voulu être écrivain et artiste, donc tu as choisi d'être pauvre. Sinon tu te serais mariée avec un pharmacien" ? Le garçon ne se demande pas comment je suis arrivée à m'autocensurer pour me protéger. Il ne cherche pas à connaître l'histoire et ça n'a aucune importance en soi. Il a le droit de ne pas vouloir la connaître. Les gens prennent l'histoire en route et ne remontent pas à la genèse alors que c'est ce qu'il y a de plus intéressant.
Les gens qui critiquent Dieudonné sans connaître ne cherchent pas non plus à connaître l'histoire en entier. Ils te disent : "Inviter Faurisson, ça ne se fait pas." D'abord, pourquoi ça ne se fait pas ? C'est comme les gens qui critiquent le féminisme et les féministes sans rien savoir du féminisme. Tout est comme ça. C'est ça qui est flippant. J'ai voulu savoir plus sur le parcours de Dieudonné (pourquoi Elie Semoun dit à canal Plus : "Diendonné, jamais entendu parler" avec un air prétentieux alors que mon amie Keltoum l'a vu à un spectacle de Dieudonné, rire et lui serrer la main à la fin !) Cela veut dire q'Elie Semoun ne peut pas dire publiquement qu'il va voir Dieudonné.
Comment Dieudonné en arrive-t-il à appeler Le Pen ? C'est ça qui est intéressant, c'est comment quelqu'un en arrive à commettre tel ou tel acte : comment on devient féministe ? Comment en arrive-t-on à haïr ses parents ou son conjoint ? Comment peut-on traverser le conflit et tendre au dénouement ? Comment une femme en arrive-t-elle à s'autocensurer face à deux jeunes hommes ? Comment un homme avait peut-il devenir pervers, comment un homme avait pu en tuer un autre ? Il s'agit de l'étonnement (philosophie merci !) face au vivant. Et Dieudonné fait partie de ces hommes qui m'étonnent. On a le droit de s'insurger du fait que certaines choses soient sacrées et d'autres pas. Dieudo, lui, est un peu focalisé sur les Blacks, ok. Moi sur les femmes parfois. On ne peut pas insulter ou critiquer la politique israélienne, en revanche persécuter une femme, oui, les gens en ont rien à foutre ! Elle le mérite celle qui se fait persécuter. Il y a ce rappeur de merde là en cemoment qui passe au printemps de Bourges avec des textes infâmes. Si on remplaçait le mot femme par juif ou noir ou arabe, cela ferait un tollé, ça serait interdit etc. Mais non femme, ça ne dérange personne. Ou trois, quatre pelés qu'on traite de réac ou de sensible. Faut dire qu'on a raté le coche : il fallait se rassembler, ce qui est la grande force du mouvement sioniste. Quand on mène une guerre, il faut faire corps et les femmes en sont incapables. Elle se sont plus tuer que les Juifs en France pour cause de ce qu'elles sont. Personne en a rien à foutre à part nos trois, quatre pelés par an.
Moi, dans ma famille, on m'a appris des valeurs : on ne dit pas de gros mots, mais en revanche, tu peux te faire harcelée, malmenée, maltraitée, voire violée, on s'en fout. Et je pourrais en faire des listes ! C'est pour ça que je dis des gros mots. J'ai payé le tribut pour en dire. Je comprends Dieudonné, peut-être par identification. Quand tu paies la facture avant d'avoir commis le délit, après tu as carte blanche, tu y vas. Quand ta mère te traite de pute, bah tu hésites moins à te faire payer. Sauf que j'ai été moins pute que la plupart des femmes. J'ai été avec des hommes qui ne gagnaient pas beaucoup, rarement plus que moi. Je ne me fais pas invitée au resto ou offrir des choses pour coucher. Je suis vraiment clean. Je ne dois rien à personne et c'est moi qui me fait traiter de pute. Je ne suis pas prête de comprendre.
Pourquoi y a-t-il de bonnes et de mauvaises victimes ? Une bonne et une mauvaise mémoire ? Une bonne et une mauvaise Histoire ? C'est insensé et absurde, mais c'est le résultat d'un travail construit et efficace. Pourquoi la majorité ne veut-elle pas savoir alors qu'elle en est victime ? Ca, je ne comprendrai pas. J'ai ressenti de telles joies à apprendre, connaître, comprendre, revenir sur la compréhension de certaines choses que, tout à coup, je ne comprenais plus et hop' le processus de connaissance était relancé. Spinoza parle très bien de cette joie, de la soumission volontaire et du confort qu'elle peut représenter pour le commun des mortels. Il faut se rappeler que Spinoza n'avait pas publié son Ethique parce qu'il avait peur de représailles.
J'ai appris des choses en regardant Dieudonné : cela ne veut pas dire que j'adhère à tout, cela ne me salit pas de regarder des choses qui sont éloignées de moi et d'ailleurs je vis dans un monde où la majorité a voté pour Sarkozy, où la majorité des femmes vivent à l'opposé de mes valeurs donc Dieudonné, ce n'est pas rien en contraste avec ce décalage quotidien, au contraire, quelqu'un qui dit, cela me change des non-dits. Je préfère quelqu'un qui dit, même s'il dit des choses différentes de moi, que quelqu'un qui n'a rien dans le cerveau, le froc et le coeur comme les trois-quarts des gens. J'ai mieux appris et compris sa démarche. Il y a quelque chose qui ressemble au nettoyage. J'ai ri et ce rire m'a fait un bien fou. Il y avait de l'air dans mes poumons, plus d'amplitude dans mes neurones. Il y avait quelque chose de la liberté dans notre société étouffante et asphyxiante au possible. Ce qui bouge, ça donne de l'énergie, ça crée un espace d'expression et de création.