un film de Johnny To avec Johnny Hallyday...
Ne lisez pas ces lignes si vous voulez le voir et que vous ne l'avez pas vu.
Beau film : cela fait tellement de bien un réalisateur qui a remarqué que le cinéma, c'est des images ! De la mise en espace, des images qui se suivent ! avec de la lumière dedans.
Et ouhaouh, la problématique. C'est si vaste, ce concept de vengeance, c'est si passionnant et on ne se lassera pas d'en faire des livres, des films, des traités de philosophie, des chansons des rap... d'en faire des insomnies de ce sentiment qui nous entre dans la peau. Et le cinéma, c'est important qu'il traite de la violence et de la vengeance. Car n'en déplaise aux journalistes de France 2, cette problématique existe bien avant le cinéma et les récits mythologiques, les contes d'ailleurs, la Bible, c'est trash aussi. Parce que nous expliquer que la violence des jeunes braqueurs vient du film Scarface, c'est juste ne pas avoir de culture. C'est juste un acte de propagande. On n'a jamais fabriqué une société bonne en racontant des histoires télétubbies. Faut arrêter de déconner. Faut arrêter de prendre les petits délinquants pour des cons. (même s'il y a beaucoup de cons chez eux, mais comme partout ailleurs : les gens que je vois au guichet de la caf, de l'anpe, de la sécu ne m'ont jamais éblouis par leurs compétences, leurs gentillesses et leurs intelligences et pourtant c'est moi et vous qui les payont).
Et un homme qui existait avant Brian De Palma et Francis Ford Coppola, Nietzsche parle très bien de la violence, de la vengeance et là je cherche mon livre La généalogie de la morale et je ne le trouve pas donc je suis un peu bloquée. Il met bien en relation la mémoire et la vengeance. Et le ressentiment. On intériorise la vengeance, on intériorise la violence et on fabrique du ressentiment : on pourrit de l'intérieur. et les chrétiens sont très forts pour ça : théorie de Nietzsche. ce sont les Dieux du Prozac, du suicide, de l'intériorité, de "faut ronger son frein" car le problème, c'est toi, l'individu. On paie en avance. On paie pour la jouissance qu'on n'a pas encore connue et que du coup, on ne connaîtra peut-être pas. C'est la dette en avance... parce qu'il y a la mémoire.
Et si on se disait qu'ils braquent parce qu'ils ne sont pas assez violents. Beaucoup ne viennent pas du monde de la culpabilité. Et oui, puisque c'est une création qu'on a rentrée dans le crâne de génération en génération (et pis quand tu es une femme, c'est pas mal).
En lisant Nietzsche, on peut se demander pourquoi certains martèlent autant la mémoire dans nos têtes, pourquoi ils nous rappellent sans cesse certains événements plutôt que de balayer tout ça pour passer à autre chose : ils fabriquent du ressentiment. Nietzsche en parle très bien. Johnny To me semble une superbe illustration de ça, il met en regard la mémoire et la vengeance. La maladie de la commémoration est à analyser (d'ailleurs on commémore des choses et pas d'autres, c'est ça qui est intéressant et surtout ça a un rôle politique).
A propos de commémoration, voici la petite cerise : j'aimerais savoir si c'est vrai que Johnny va s'empocher 500 000 euros cash de la part de l'Etat (qui paie son concert 1 millions d'euros) pour chanter à la fête du 14 juillet. L'Etat, c'est nous, c'est notre argent. Mais ça choque moins les journalistes que la poignée de mains de Dieudonné avec Le Pen.
500 000 euros de nos impôts pour un homme (et son équipe)... et c'est génial car Johnny, lui, ne paie pas d'impôts car il vit en Suisse. Bah oui, il est pas con, il ne va pas se payer. Enfin quand tout le monde sera au chômage et que plus personne ne paiera d'impôts, on s'en foutra de la morale (celle de la généalogie de Nietzsche : on arrêtera de culpabiliser, de ressasser, de ruminer, de re-ssentir - c'est bien la fonction de la mémoire) et on deviendra barbares !!! comme dans le film de Johnny To : on mourra pour ses amis, on mangera du riz au bord de la plage et les femmes continueront à enfanter.