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Un singe

"Un singe gâte le nom de tous les singes." Voici ce que quelqu'un m'a dit il y a quelques jours. On pourrait se dire que chaque singe a le choix d'être différent et donc de créer une manière différente d'être en soi, avec soi et les autres. Quand je répondais à ce dicton de singe, je dis que les gens ont des comportements parfois si semblables que cela en devient flippant. Le manque d'imagination me heurte. J'aimerais pouvoir raconter ce conte que Naomi avait conté et qui m'avait émue. C'est un conte bédouin. Chez les Bédouins, l'hospitalité est un devoir, tu peux rester trois jours (deux nuits) chez un étranger sans qu'il te demande de justification. Ce fonctionnement est indispensable dans ces pays arides. Sinon les voyageurs ne pourraient pas survivre. Un homme avait un cheval extraordinaire, c'était le plus merveilleux des chevaux et tout le monde le voulait. L'homme refusait de le vendre. Un jour un inconnu vint demander l'hospitalité. L'homme l'accueillit comme il se doit. La deuxième nuit, l'homme entendit du bruit dehors. Il sortit et vit l'inconnu partir avec le précieux cheval. L'homme le rattrapa et lui dit : "S'il te plaît, promets quelque chose. Si quelqu'un te demande comment tu as eu ce cheval, dis-lui que je te l'ai donné. Ne dis pas que tu l'as volé." 

Ca résume toute la problématique de la morale et du mal. Et du singe qui gâte le nom des singes ce que l'homme du conte ne veut pas. Ce mal auquel je pense. Ce mal et qu'on ne peut rien faire. A part dire "dis que je te l'ai donné" pour ne pas gâter le nom des singes et pour ne pas briser la loi de l'hospitalité. Qui est fondamental dans le désert. Cela mettrait en péril le système nécessaire à la survie de Bédouins. Car si on sait la présence des voleurs, l'hospitalité disparaîtra. L'homme sacrifie son cheval pour ça. Bien sûr que les singes gâtent le nom des singes. Sans cesse. Et c'est cette chaîne qui m'angoisse. C'est aussi la répétition qui s'avère mortifère. Car à force de mauvais singes, le coeur se ferme. Définitivement. La source se tarie. On dit que le désir est intemporel, qu'il revient. Mais il y a des gens brisés. On dit que la dépression vient de la perte de ce désir. Vient une immense fatigue. On accueille en sachant la probabilité d'avoir son précieux cheval volé. Parce que c'est ainsi. La part du risque. J'ai arrêté de tenter de comprendre les singes qui gâtent le nom des singes. Je pense au conte et ça me suffit. Il faut savoir perdre son précieux cheval. C'est un exercice quotidien. Le plus douloureux, ce n'est pas tant d'être déçu(e), c'est le fait de sentir la perte du désir réelle. Pour un temps. C'est de prendre conscience qu'un singe gâte le nom de tous les singes. 
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