Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Je suis écrivain

Publicité

"Je prie pour nous"

Quelqu’un m’a parlé de la parole de l’autre. D’avoir confiance en sa parole. J’ai ressenti un petit couic au plexus, je me suis rendu compte que j’avais perdu ma confiance. Je me suis allongée, j’ai senti ma respiration, mon plexus se détendre pour que la confiance s’y loge, y respire, prenne de l’ampleur, me prenne toute entière, m’emporte avec elle dans le tourbillon de la vie. J’avais quelques semaines avant entendu dire : « N’aie crainte de rien ». Je me suis ouverte à la parole de l’autre, belle, douce, chaude, rassurante. Avec elle, je suis partie danser sur la musique d’Avishai Cohen en plein air, sous la lune. De toute façon les claques on se les prend, faut apprendre à les prendre puis à relever, vaillant. Autant danser dans la course de l’univers où je ne suis qu’une goutte traversée par des énergies. Puis je suis partie à la campagne, le cœur lumineux, mon corps est entré dans l’eau de la piscine, il s’est détendu ouvert au ciel. Je n’avais plus peur. La tempête était derrière, la guerre était finie. Je me souvenais de ce gars ayant passé des années à Guantanamo qui témoignait de la puissance des émotions positives quand elles reviennent, que ce n’était presque pas supportable tellement c’était impressionnant. Je me suis souvenue de ce détenu avec qui j’ai correspondu des années quand je l’ai rencontré la première fois ; j’avais ressenti en lui la force de ce qu’il ressentait. La violence de l’amour qui revient, tellement c’était disparu depuis si longtemps. C’était une des expériences les plus fortes que j’ai vécue. Et j’ai ressenti ça, comme les détenus en entendant la parole de l’autre. Si je m’offrais la confiance, ça me faisait un vertige presque insoutenable. Mais j’y suis allée.

Et l’autre a disparu. Quand je me suis allongée dans mon lit, les sanglots m’ont secouée tard dans la nuit. Je n’avais pas peur, j’étais triste. Je me suis levée et j’ai regardé la lune au-dessus du jardin. J’ai senti mes pieds sur le carrelage, j’ai prié pour moi, j’ai serré mes bras contre moi, j’ai écouté ma respiration, j’ai murmuré que j’étais en sécurité avec moi-même. J’étais émue de la confiance que j’avais pu accorder après tant de blessures et de fractures. J’étais rassurée de savoir que je pouvais m’ouvrir à nouveau et d’une nouvelle manière. J’ai bien sûr trouvé ça si injuste que je doive vivre ce genre d’épreuves. Encore une fois. Sauf que je ne suis plus la même. J’ai repensé à la phrase de Catherine qui me conseillait de rester dans ma réserve. J’ai pensé à Pocahontas, aux réserves d’Indiens. J’ai prié pour vivre autrement que dans la réserve. Mais c’est là où il fallait que j’aille pour me consolider. Dans la réserve pour ne pas trop saigner à l’intérieur. J’ai fait comme Pocahontas, j’ai emporté la parole de l’autre avec moi dans la réserve parce qu’elle fut un joli cadeau. Je comprends ceux qui ferment leur cœur à tout jamais. Je m’étais donnée la confiance en la parole de l’autre pour quelques jours et j’étais allée danser devant le beau et talentueux Avishai Cohen parce que je revenais de la mort, comme vierge. Cet autre, je l’ai accueilli en toute nouveauté. Je ne sais pas si les gens comprennent le travail que c’est pour en arriver là. C’est un immense travail. Que certains ne font pas.

Mon booster m’avait confié qu’il avait peur que je ne crois plus en l’amour. « Bah si regardez j’y crois. Vous auriez vu mon regard, vous m’aviez dit que la lumière me va si bien. Je suis entrée dans la danse en pleine lumière, peut-être pour la première fois. De cette façon. Vous auriez été fier de moi. Voilà ce qui est beau dans cette histoire. Tant pis si je ne comprends rien au reste, aux paroles non tenues, ça sert à quoi le baratin ? Même dans ma réserve je danserai. Seule cette fois-ci. Mais dîtes-moi que puis-je faire d’autre ? Puisque ce n’est pas moi qui ait choisi ce silence-là. La parole fut belle, la parole fut suivie d’un silence mortel. Mais je ne suis pas morte. Je me suis assise et j’ai regardé le silence dans les yeux. Bien sûr j’ai la force immense d’aimer en moi. Je la vis cette force. Je prie pour nous. 

Je vais tâcher de trouver l’énergie pour écrire. C'est ça qui me fait peur : perdre l'énergie d'écrire. 

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
A
Sur l'énergie d'écrire :relire " le carnet d'or " de Doris Lesssing.ANNE
Répondre