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Tous les morceaux de cet album sont... ouahouh ! Avishai Cohen que nous avons vu sur le parvis de la défense sous la lune. C'est en dansant avec madame mort que j'ai appris à me relever de la violence. Et maintenant je danse dans la rue de la goutte d'or, où je suis venue me réfugier pour pleurer tous les jours et toutes les nuits dans une vraie solitude. Je danse d'être revenue de tout cela. J'aimerais dire à quelqu'un qui ne lit pas mon blog que la lumière est au bout du tunnel. Parce que "j'ai essayé, on peut". On peut se débarrasser des fantômes nauséabonds, de la culpabilité, des boulets et de la douleur qui nous tient parce qu'on croit qu'elle nous fait exister. Faire ce travail d'aller vers soi seul et contre tout permet d'être bien avec l'autre. J'ai vu des personnes dire non à l'amour lumineux et cela m'a tuée de les accompagner dans l'effondrement. Parce que je ne comprenais pas. Je suis tombée.
J'ai une immense gratitude pour les rencontres qui m'ont nourries quand j'étais un cadavre. De mon voisin qui appela la police à Luna, la fille de Keltoum, qui dormit avec moi ces derniers jours, de mes "élèves" en ateliers à mon chien qui m'aimât tellement qu'il tomba malade d'absorber ma tristesse, de mon mentor qui m'encouragea à devenir la grande écrivain qu'il croit que je suis à Christophe qui me regarda dormir avec des éclats dans les yeux, sans parler de mes amis proches, sans parler de Michèle qui recueillit mon corps en chagrin et d'Isabelle qui m'accueillit à Houdan avec une générosité sans compter, de Bernhard qui me coupa les cheveux et me débarrassa des oripeaux de l'enfance et de Marielle qui tissa la robe africaine. J'en oublie aucun dans mon corps et mon coeur. Il y a ceux dont je ne peux pas parler, il y a ceux qui sont là et ceux qui ont disparu.
Et vous savez quoi ? Je vais aux Etats-Unis.
Je pense à Stéphane, le détenu à qui j'ai écrit six ans. Je n'ai jamais compris s'il s'était foutu de moi pendant toute cette histoire. Vous savez le truc de la manipulation, le mensonge etc. Je garde en tête certaines de ses phrases que je comprends maintenant, à l'heure précise où je prends mon billet d'avion. Ca veut dire que même si les personnes disparaissent (et Stéphane a disparu d'une sale façon et je l'ai regardé partir sans le retenir, c'était la trahison parfaite et je n'ai pas dit un mot), ils laissent un ou plusieurs messages en nous. Parfois ils remontent des années après. Ceux de Stéphane me reviennent régulièrement. Je crois que ça sera ainsi jusqu'à la fin de ma vie. Je m'étais déjà dit qu'au moment de la mort, ce serait une phrase de Stéphane que j'aurais en tête. Et ça ne m'étonnerait pas. Je crois que j'ai souvent pris Stéphane pour un remplacement maternel. Ou un truc comme ça. Je pensais qu'il savait des choses que d'autres ne connaissaient pas à cause de sa vie avant la prison et ses dix années de prison. Il ne raisonnait pas comme les autres garçons qui n'avaient aucune conscience de la préciosité des choses. Il savait le prix des choses. De façon profonde. Il me disait toujours de zapper les connards, de ne pas me retourner, d'avancer sans tenter de les repêcher. Ce que je n'ai pas réussi à faire ou que des années après. Ne pas se retourner. Il ne s'est pas retourné. Jamais.
Il saurait pourquoi je pense à lui.
J'ai imaginé qu'il aurait été heureux de me voir ainsi. Comme j'ai pu être heureuse de le voir sortir. Parce que je pensais que le temps était si long que le dénouement n'arriverait jamais. Mais oui, il est sorti de prison. Oui, on sort du tunnel et nul ne sait le travail d'endurance, le courage, la douleur, les nuits froides, l'angoisse abyssale, la violence au quotidien, le manque. C'est le travail de fond dont on ne parle pas. Et même quand on sort, le travail n'est pas fini. Il y a encore un long temps de réacclimatation à la vie. C'est putain de long. Et les coups ne te sont pas épargnés. Car les blessures ne partent pas et la majorité des gens en ont rien à foutre de celles-ci. Juste ils ne se rendent pas compte.
Mais la danse continue. Yeap yeap. Et Avishai Cohen joue.
Il me faut encore dormir pour digérer.