Je suis écrivain
Parfois il y a des petits miracles : Michael Mann, Johnny Depp, Christian Bale, Elliott Goldenthal (à la musique) tous ensemble ! avec la charmante Marion Cotillard. Ouhaouh !!! Que du parfait en accord parfait qui danse la danse jusqu’au bout. En plus, vous savez mon petit faible pour certains braqueurs de banque !
Je ne vais pas faire une analyse filmique, mais, croyez-moi, Michael Mann filme vraiment très bien. Quel découpage : c’est au millimètre près toujours avec une intention. Il y a toujours ce rythme un peu lent, cette distance où je vois beaucoup de choses .
Johnny Depp a toujours eu un rapport à l’enfance dans ses rôles et c’est là que je vois une des clés du film. Son personnage, John Dillinger, a quelque chose de l’enfance (ce qu’on nomme enfance dans notre société), mais rien d’enfantin. Le choix de l'acteur est super intelligent. Il est beau (incroyablement beau), il est doux, il est jeune, il est dans la toute-puissance comme le pays qui l’a enfanté. « Ce qui compte, ce n’est pas d’où on vient, mais où on va », maxime qu’on pourrait appliquer à ce pays sans Histoire (ou une Histoire qu’il lui faut mieux ne pas raconter entre le massacre des Indiens et l’esclavage, c’est clair qu’il vaut mieux regarder vers la lune). Cependant, comme le Che, il incarne ce qu’il est, il incarne sa parole, il est sans cesse lui-même, centré, clair, précis. Il suit une logique de vie implacable. Michael Mann, que fait-il avec son personnage ? Je ne sais pas trop, il l’enrobe de douceur, d’une lumière douce, de beaux vêtements, d’un regard doux, de gestes tendres. Il n’est pas hors-la-loi, il est lui-même. Et le réalisateur l’accompagne sur sa route. Sans sentimentalisme aucun, sans commentaire. C’est pour ça que j’aime ce réalisateur. Ca ne déborde pas, ça ne dégouline pas, ça se contient. Au début, ça n’a l’air de rien, ça ne s’alourdit pas d’explications, et peu à peu, ça se densifie par une force intérieure qui se renforce scène après scène pour arriver à la scène dans les bois d’une beauté incroyable. Ils retournent à la nature, parce que nous, humains, nous sommes encore dans ces bois obscurs à nous entretuer sans savoir pourquoi. Et pour achever le tout sur la scène finale (très belle idée de l’écho de la fiction au cinéma avec la musique de Goldenthal : c’est beau, purée !) où le héros va à la mort en plein élan de vie. En face de ce personnage impénétrable et simple finalement, il y a les adultes qui ne savent pas où ils sont, qui se battent et tuent pour des histoires de carrière, sans avoir recours à une morale digne de ce nom. Ils sont transparents, ce sont des fantômes. On n’arrive pas à cerner les motivations de Christian Bale (quel acteur ! Ouhaouh) en charge de tuer John Dillinger. Il le fait parce qu’il doit le faire sans jamais exprimer une émotion, une parole, rien. Il est d’une froideur absente presque. Il est désincarné. Quand John Dillinger aime cette femme d’un amour dont on rêverait toutes (bon, OK, c’est du cinéma, sauf que nos vies sont toutes des fictions puisque c’est nous qui les mettons en scène, que nous vivons l’histoire que nous inventons, instant après instant), Christian Bale n’a qu’un but : tuer celui que le chef lui a dit de tuer. Il fait penser à ce monde adulte qui exécute les ordres sans réfléchir à leur sens et c’est ainsi que la société roule. On a le droit de se poser la question : finalement qui est dans la toute-puissance ? Sachant que la criminalité coûte moins chère à l’Etat que la mise en place de la lutte contre cette criminalité : oui, le monde soi-disant adulte est absurde. Cette poursuite a des allures kafkaïennes. Une des choses les plus fortes du film est d’apprendre que le personnage que Christian Bale joue s’est suicidé un an après la mort de John Dillinger. Ce dernier implacablement dans une pulsion de vie (comme les enfants) n’aurait rien fait contre lui-même quand son tueur, lui, était animé d’une pulsion de mort qui a fini par avoir raison de lui. C'est énorme. Tout est dit.
J'ai souri en voyant Johnny Depp dire : "Je veux tout tout de suite", j'entendais les voix adultes critiquant ma toute-puissance infantile et mon surmoi qui me tortue avec ça. Et si ce n'était que des mots ? Des mots de bien-pensance de ceux qui attendent les ordres pour exécuter des meurtres (les meurtres affectifs de Doris Lessing). Et si le pas de côté, c'était tout autre chose ?